Pluie de Edward Thomas (trad.)


Pluie, pluie de pleine nuit, rien qu'une pluie furieuse.
Sur cette morne cabane, sur la solitude et sur moi.
N'oubliant toujours pas que je suis mortel,
Je n'entends ni ne remercie cette pluie
Pour m'avoir lavé plus proprement que je ne l'ai été
Depuis que je suis né dans cette solitude.
Bénis soit les morts sur lesquels tombe la pluie :
Et je prie pour qu'aucun de ceux que j'ai autrefois aimés
Ne succombe ce soir ou ne reste éveillé
Solitaire, écoutant la pluie,
Dans la douleur ou bien dans la sympathie
Impuissant parmi les vivants et les morts,
Comme une eau froide parmi les roseaux brisés,
Myriades de roseaux brisés, tous immobiles et raides,
Qui, comme moi, n'ont aucun amour que cette pluie sauvage
N'a pas dissous, sauf l'amour de la mort,
Puisque ne peut être aimé que ce qui est parfait
Et ne peut, me dit la tempête, décevoir.