Parfois


Le pied glisse au bord d'un sentier des vaches noires

et l'ami nous attrape brusquement par la manche

juste avant un précipice de roches affûtées.


Quelque chose bouge alors


plus en dessous encore

que les territoires inaccessibles de nous-mêmes

là où pourtant —rien— règne,


quelque chose

qui vient raturer le silence premier



Parfois


Un camion frigorifique nous frôle

à une vitesse si artificielle

qu'on peine à se saisir de l'événement.


Une fine couche de poussière recouvre alors le

    monde

et le cœur inaffecté continue de pomper

les jambes, de piétiner inlassablement 

les mêmes 

    trottoirs


Parfois


On manque de boire un verre de poison posé là

car les tranquillisants ont endormi un peu trop tôt

et le poison a perdu ses propriétés.


Pourtant, quelque-chose a raisonné

dans l'interstice entre les pensées

Mais ça ne devrait pas penser par ici !

et s'est glissé entre

chacun des battements


et vit désormais à la frontière des

souffles complémentaires



Parfois même


Celui là, à qui l'on s'est donné entièrement

gît dans un lit, maigre et pâle comme un os

avant de nous revenir in extremis

contre l'avis des médecins,

si bien qu'on ne sais plus si le silence

est encore silence 

et on se demande

si la parole peut encore être

articulée