Vague de Chaleur (trad.) de Sugar Magnolia Wilson


Il y avait des jaunes profonds entre les barres bleues de la nuit.
Nous bougions avec légèreté parmi elles alors même que l'été léchait
nos peaux jusqu'à les faire briller.

Tu m'as traînée dans les ruelles, tu m'as acheté
un collier rubis rappelant une goutte de sang sur ma gorge.

Dans la bijouterie, un oiseau rose vif somnolait sur une branche.

J'ai caressé ses petits yeux fermés avec le dos du tigre imprimé sur mon ongle
et entouré de ma main son corps chaud.

Elle est malade, a dit la vendeuse
en battant des cils, terre à terre.

L'oiseau a ouvert les yeux, et il m'a regardée avec la plus intime des tendresses, avant de les refermer.

J'ai regardé dans ta direction, émue, mais tu me tournais le dos, fredonnant
un air de K-Pop et jouant avec les dream catcher de la vitrine.

On a remonté la colline jusqu'à cette rue où de petits chariots vendent
des cocktails dans des sachets en plastique, on a bu deux thés glacés Long Island
pour remplir nos têtes de noix, puis on a déambulé dans l'interminable dédale des ruelles.

J'ai caressé une pieuvre violette qui ondoyait dans un bol, et t'ai dit que la pieuvre est sans doute mon animal spirituel. Tu as ri et embrassé mes yeux.

Elles n'ont rien de spécial ! Mais délicieuses! Ça n'est pas ton animal spirituel, c'était ton animal-dîner,
juste la nuit dernière.

Nous avons lutté pour rentrer, vaillants dans notre ivresse
des hommes nous agitant des radis sous le nez
et de vieilles femmes nous interpellant à coups de coude dans les côtes,
et la lune n'était qu'une lampe crasseuse de plus
coiffant un poteau couleur nuit.

Nous avons dormi loin dans la chaleur du jour suivant,
l'un d'entre nous, un oiseau d'amour malade, soulevant de lourdes paupières pour dévisager.