(Psaume 145)
1.
Toute la journée, le long de la côte, les
fines pointes des vagues ne cessent
de taper sur ce qui s'y trouve : éclats de palourdes
brisées, coquilles de sels vides, vieilles
huîtres épaisses et crénelées qui ont tenu
autrefois le joyau pâle de leur corps, combien doux
leur langues et leur jus. Et qui donc
penses-tu être déambulant par ici
à cinq pieds dans les airs, l'océan comme un feu bleu
autour de tes chevilles, le soleil
sur ton visage sur tes épaules sa bouche d'or murmurant
(Il semble bien) toi ! toi ! toi !
2.
Maintenant, le vent de l'après-midi
tout en fioritures, sans but apparent
prend sa nuageuse
main et touche chacune des
vagues si bien que rapidement
elles agitent les ailes des albatros, elles brouillent
les bateaux sur leurs amarres ; pas même les rochers
noirs et émoussés n'interrompent les vagues dans leur
course vers le rivage et un dernier nageur (est-ce bien toi ?) chevauche
leurs replis et leurs déploiements salés jusqu'à ce que,
à leur sommet, leurs flancs bleus se soulevant, elles s'arrêtent ; alors Dieu
les rappelle en sifflant, et tu glisses calmement vers le rivage.
3.
Un matin
roses et cylindriques, une centaine de
calmars s'échouèrent, leurs visages en dentelle,
leurs rides nouées et leurs rugueuses tentacules,
molles et impuissantes ; comme je regardais
les grands goélands se sont abattus sur
les plus tendres des ordures roulantes
comme des bras de bébés à travers
l'écume—dans un nuage de plumes,
un festin calligraphié de becs s'abattaient
agrippant et claquant ; puis il ne restait plus que la
plage vide, les oiseaux flottant à nouveau sur les vagues.
4.
Combien de mystères as-tu vus dans ta
vie ? Combien de filets tirés
pleins, sur le côté d'un bateau, chaque corps argenté
prêt ou non, s'abandonnant à la
soumission ? Combien de roses du début de l'été
se déroulant au-dessus des sables pâles puis
retombant dans un indéchiffrable
consentement ? Et que peux-tu dire ? Gloire
à la rose et à la feuille, à la graine, au
poisson argenté. Gloire au temps et aux champs sauvages,
et à la joie. Et aux coups et à la torpeur du chagrin, à sa proche dissolution.
5.
Il n'est donc pas difficile de comprendre
que là où se trouve le corps de Dieu, il est
partout et en toute chose : le rivage et les vastes
champs d'eau, le fortuit et l'intentionnel
par ici, et par ici encore. Et je m'incline
engagée et attentive
c'est si dense et apparent. Et pourtant, je suis encore
insatisfaite. Debout
ici, maintenant, je pense alors
non à Ses poignets épais et à Ses
épaules bleues, mais bien à Lui. Où est, penses-tu,
son esprit pâle et merveilleux ?
6.
Je voudrais être pieuse - oh, je voudrais être pieuse et exemplaire.
Dans quel but ? Pour être lumineuse et non
pécheresse, pour ne pas arracher aux heures
impatience, lourdeur, cendres. Dans quel but ?
L'espoir du paradis ? Non, pas cela. Mais pour pénétrer
l'autre royaume : la grâce, l'imagination,
et les multiples affinités : être comme une feuille, une rose,
un dauphin, une vague qui s'élève
lentement puis brusquement de l'obscurité pour toucher
l'air limpide. De l'esprit de Dieu
être la servante, aimant avec la douce bouche du corps - ses baisers, ses mots—
tout.
7.
Je connais un homme de tant de
douceur et de bonté qu'il essaie
de changer ma vie. Il ne
prêche pas, ni n'enseigne, mais il est, simplement. C'est
stupéfiant, car il est l'ambassadeur du Christ
véritablement, par la règle et par les actes. Mais, plus encore,
il est bon, d'une bonté rayonnante
mais résolu, il n'est pas dupe. Il a
goûté les heures sombres et pourrait aussi, je le pense,
être un soldat de Dieu, chevauchant
sous les nuages orageux, contre l'orgueil et la malveillance du monde.
avec, tout ensemble, une douceur inébranlable et une parole consolante.
8.
Chaque matin, je veux m'agenouiller sur
le drap doré du sable et dire
quelque remerciements mélodieux pour
le monde qui advient à nouveau —un jour encore—
depuis l'étoffe du vent de
l'ouest jusqu'à la chair
verte et ferme du melon récemment tranché et
mangé, son corps frais et ample
parfumé par la miséricorde. Je veux
être digne de—quoi ? De la gloire ? Oui, une gloire inimaginable.
Ô Seigneur des melons, de la miséricorde, bien que je ne sois
ni prête, ni digne, je grimpe vers toi.
