Chirurgie 4.


J’avance dans un marais, m’y enfonce éperdument,

Sous chaque pas il n’y a que vase et sables mouvants

Et dans toute direction, on s’enfonce encore

Si bien que l’eau monte peu à peu

Pénètre les membres 

Calcifie les os


Mais à un pas de plus

Alors que le pied s’aventure sur un pavé glissant

C’est une dalle ancienne

Un large galet caché sous l’eau trouble !


Un autre qui le suit

Plus sûr.


Un autre encore.


Une empreinte tracée là

Qui relie et qui brave


Affleurant à sa surface, on y voit des traces de passages

C’est un chemin d’homme qu’on y a tramé

Et tout encore gravé de leurs échos désordonnés,

C’est comme si nous marchions ensemble

Rassemblant en un exaltant brasier

Nos maigres vaillances si longtemps réservées



Mais à un pas de plus :

La vase qui saisit les chevilles

Et la trace, déjà perdue sous les débris, 

A demi effacée, prématurément vieillie.

Et la vaillance qui s’en est allée, toute entière dilapidée

Et les échos réduits au silence par des clappements d’eau croupie


Et le froid qui fissure les os


Meurtrissures d’où s’écoule ce qu’il reste d’une langue désuète

Signes de mensonges et de fiel

Et saignements d’encre vaine.