6.18.2008

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Ses chevilles larges comme ses molets ses jambes solides et sa peau épaisse et brune apellaient des images de maison en pisé au sols de terre battue, aux volets de bois laissant passer entre les lattes des rais de lumière crue comme autant d'arcs de métal chauffé à blanc, et de son antique patience émanait la force d'un corps né dans les contrées arides aux paysages sans millieu ni fin rouges sous le soleil brulant, et elle était dure comme une vieille pierre mais aucuns de ses enfants n'avait plus faim que son frère et dans le dénuement chacun de ses gestes raturait pour eux la misère.

6.17.2008

Méridien de sang

" Cette nuit là il passèrent par une région électrique et sauvage où d'étranges formes de molles flammes bleues couraient sur le métal des harnais et les roues des chariots tournaient dans des cerceaux de feu et de petites figures de lumière bleu pâle venaient se jucher dans les oreilles de cheveaux et les barbes des hommes. Toute la nuit des napes d'éclairs sans origine palpitèrent à l'occident derrière les nuées d'orages nocturenes, muant le désert en jour bleuatre, les montagnes sur cet horizon éphélmère massives et noires et livides comme une terre d'un autre ordre dont la vraie géologie n'était point la pierre mais la peur."
Cormac Mc Carthy, Méridien de sang.

6.11.2008

Max

« On m’a dis, surtout, tu fait pas de pathos »

Mme Hélène Dupont-Lajoie à l’occasion de la signature de son dernier livre

I. Prologue - 01/2007

Ses derniers mots sur un papier froissé au creux de sa main : «un beau jour pour mourir», intrigante réponses aux questions que ne manquerait pas de poser son suicide. D’aucuns l’auraient dis avenant, gentil, peut être un peu sombre à ses heures mais certainement pas suicidaire, et pour le peu que je le connaissais j’aurais été porté à les croire si les événements n’avaient parlés d’eux même. La clé de son appartement pesait lourd dans ma main, et les questions allaient bon train sous mon crâne : comme souvent je me retrouvais au mauvais endroit au mauvais moment. Pourquoi moi? Je devais revenir, il le savait, de même que ma faible aptitude à la compassion lui était connue : je ne pleurerait pas longtemps sur ses restes. Alors si ça n’était pour la vengeance de l’incompris, pourquoi? Peut-être s’était-il dis que je saurais rester pragmatique. Ouais… Autant qu’on peu l’être de bon matin devant un corps froid. Je restait un moment avant d’appeler les pompiers, à contempler son corps et l’expression impassible de son visage dans le calme pesant de cette petite chambre, bercé par la rumeur brouillée de la ville continuant son commerce, là bas, dehors.

Le bruit des pompiers, le murmure des voisins jetant un coups d’oeil à l’arrachée par la porte entrouverte, tout ce bruit qui remplissait la pièce, c’était indécent, grouillant de vulgarité. Alors, une fois les questions terminées, je suis parti. Escalier, rue, pub. Une pression. Le bar était vide et le serveur la bouclait, tout à sa vaisselle. Tant mieux. Un suicide, ça n’est pas le genre de scène que l’on contemple en spectateur anonyme : quoi qu’on ne puisse plus rien y faire, voir rend coupable. Alors, bière après bière, j’essayais d’effacer la scène de ma conscience.

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II. Heartache - 10/2007

« Il faut avoir une haute opinion de la vie pour être à ce point déçu. »

Nuit. A quatre heures j’ouvre les yeux sur le vasistas au dessus de ma tête qui laisse entrevoir un ciel dégagé de toute pudeur, étincelant, un abîme de beauté aux profondeurs vertigineuses. Résidus de rêve coincé dans une semi-conscience : je l’imagine flottant dans le vide sidéral le visage fendu d’un sourire à l’ecstasy, balancé d’une orbite à l’autre dans le grondement des astres, l’écho du chaos originel. Il est là, son image remonte dans les circuits de ma mémoire, le sommeil craque sur son passage et tombe en plaques qui viennent se briser sur le sol de ma conscience, libérant un réseau de nerfs brûlant. J’attrape la boite de codolipranes qui traîne sur la table de nuit - le réconfort est un trou béant : la chimie d’un sommeil noir, infini.

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III. Premier fragment - 01/2007

« Si une seule fois tu fut triste sans motif, tu l’a été toute ta vie sans le savoir »

Cioran, Syllogismes de l’amertume

Fragment du cahier de Maximilien :

« J’ai commencé cette histoire sans trop savoir où elle irait, à la manière d’un explorateur plus qu’a la manière d’un écrivain en vérité. J’étais à la terrasse d’un café donnant sur la fontaine Saint Michel quand l’idée s’en est imposée. Une ambulance est passée sur le boulevard en entraînant le tumulte des alentours dans son sillage comme si elle projetait une onde de calme autour d’elle, et le bruit a simplement cessé de m’atteindre. A cet instant je crois qu’elle n’avait plus de raison de foncer toutes sirène dehors, qu’il n’y avait plus personne à sauver. Puis l’ambulance a heurté l’arrière d’un scooter, et une forme a glissé plus loin dans la rue, et on ne la voyait plus. Le bruit a repris, les gens regardaient vers l’ambulance -des murmures inquiets-dont je suivais toujours le sillage.

La pensée Zen s’efforce de sortir des quatre propositions de l’être : cela est A - cela n’est pas A - cela est à la fois A et non A - cela n’est ni A ni non A. C’est une sorte de silence alors ? Depuis que j’ai lu cela, je me dis que Dieu ne nous a peut-être pas abandonné, mais qu’il est lui même fait d’abandon, de ce silence que l’ambulance traînait derrière elle. Mais l’esprit s’attache de lui-même à donner un sens aux événements, et à plus fortes raisons s’ils sont improbables et funestes, alors il faut être prudent et éviter les conclusion hâtives.»

Après avoir lu cette page prise au hasard je me rappelle m’être dis qu’il n’avait pas fini de nous en donner de son silence. Quel con. Il était 14h et il faisait une chaleur étouffante dans sa chambre, était temps que je décolle. D’un raclement de gorge je griffe l’air impassible de la pièce, et le bruit de ses clés dans ma main, puis la porte, le couloir, la boite aux lettres et les clés y tombant dans un bruit métallique. J’arrivais en retard pour mon cours et en m’installant discrètement au fond de l’amphithéâtre remarquait le cahier dans mon sac. Le cahier de Max.