5.27.2008

Un jour comme les autres

La lumière filtrait à travers les rideaux entrouverts et embrasait la chambre dans une lueur grisâtre, avec à peine une tache rouge, le reflet clignotant du réveil. Je refaisais en esprit le chemin qui allait inexorablement me mener au travail : me levant avec une coiffure impossible et la tête lourde - d’enterrement - direction la cuisine, puis l’eau à chauffer et direct sous la douche avant de préparer un mélange d’eau bouillante et café lyophilisé, et d’encore un peu d’eau froide par dessus pour me l’enfiler d’un trait et regagner le temps perdu à traîner sous la douche, à faire durer le moment de calme, comme si la journée à venir pouvait filer vers les égout dans son lit de crasse de sueur et de savon. Parti, juste parti. Mais non. Et c’est de trouver des fringues qui sente pas trop la veille – tant pis pour les chaussettes, pas le temps, personne verra – et de s’engouffrer dans l’escalier, l’ascenseur, la rue. Le bus les voitures les gens le bruit la route, et d’autres gens à chaque arrêt, qui viennent ou s’en vont. Et des jolies filles parfois, pour rêvasser qu’on est resté au lit pour faire l‘amour toute la matinée. Puis la route encore : avant, après, pendant. La route, le boulot, et des gens, encore et encore des gens. Vous avez le dernier Olivier Adam ? Oui madame non madame j’vais voir sur l’ordinateur, vous voulez le commander ? Ca fera 15euros. Et puis ça c’est 7.65. Et ça ?.. Et ça… Travailler, manger (enfin seul), travailler, et re pour le bus, serré les uns contre les autre, la route, les jolies fille dont on aurait bien décroché un sourire qui sert à rien qu’à espérer plus, ce qu’on aura pas de toute façon. Alors c’est rue-ascenseur-couloir-porte-clé. Fermer la porte. La fermer à la gueule de cette journée.
Manger. Peut être.
Ou plus tard.
Avant ça, une pause, juste une pause…
Une main plonge vers la bibliothèque, caresse le dos des livres, les traverse comme elle jouerait sur un piano l’air par lequel les notes se suivent en tons et demi-tons comme si la nature les avaient faites ainsi. Sauf que là se sont les yeux, les palettes des collections, les tires, les noms. Et la main reviens, cherche, goûte de la pulpe d’un doigt. Mais le livre n’attend pas longtemps avant que la main vienne l’agiter, l’amener vers mon nez : odeur de vieux papier, de nombreuses lectures et d’autres gens. Et à l’oreille, le bruit des pages doux comme un jaune d’œuf glissant entre les doigts. Une dernière fois un doigt – le pouce – caresse la tranche. Il remonte jusqu’à son milieu, qui se fend par la longueur et s’ouvre sur la bouche béante de l’entre deux pages. Là, la lumière s’amenuise, s’éteint jusqu'à ne laisser q’un gouffre. Un abîme. Et au fond : comme un vent frais, comme un fond de ravin, encaissé dans un désert de pierre rouge de nuit et d’étoiles. Au fond, comme le début d’une histoire.

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