9.26.2015

Markus Åkesson









Annah Arendt à propos de Walter Banjamin




"Ce penseur, nourri de d’aujourd’hui, travaille avec les “éclats de pensée” qu’il peut arracher au passé et rassembler autour de soi. Comme le pêcheur de perles qui va au fond de la mer, non pour excaver et l’amener à la lumière du jour, mais pour arracher le riche et l’étrange, perles et coraux, et les porter, comme fragments, à la surface du jour, il plonge dans les profondeurs du passé, mais non pour le ranimer tel qu’il fut et contribuer au renouvellement d’époques mortes. Ce qui guide ce penser est la conviction que s'il est bien vrai que le vivant succombe aux ravages du temps, le processus de décomposition est simultanément processus de christianisation ; que dans l'abri de la mer [...] naissent de nouvelles formes et configuration cristallisées qui, rendues invulnérables aux éléments, survivent et attendent seulement le pêcheur de perles qui les portera au jour  : comme éclat de penser"

 Hannah Arendt, "Walter Benjamin : 1892-1940"

6.21.2015

La violence et le sacré, Renée Girard (extrait)



         On dit fréquemment que la violence est "irrationnelle". Elle ne manque pourtant pas de raisons ; elle sait même en trouver de fort bonnes quand elle a envie de se déchaîner. Si bonnes, cependant, que soient ces raisons, elles ne méritent jamais qu'on les prenne au sérieux. La violence elle même va les oublier pour peu que l'objet initialement visé demeure hors de portée et continue à la narguer. La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange. A la créature qui excitait sa fureur, elle en substitue soudain une autre qui n'a aucun titre particulier à s'attirer les foudres du violent, sinon qu'elle est vulnérable et qu'elle passe à sa portée.

 "La violence et le sacré", René Girard.

 

5.30.2015

The witcher 3 (jeu vidéo), "a painting in motion"


Taille originale (2590*1080)

Trailer (gameplay)






 Extrait de la bande son elle aussi très réussie :




Le Trépané (Michaux)




La tranquillité qu'on a dans la vie (car on en a, et parfois tellement longue qu'on souhaite presque le malheur, tellement on s'en ennuie), la tranquillité qu'on a dans la vie, repose sur une confiance, qui repose sur des confiances, lesquelles reposent en somme sur notre tête, qu'une expérience limitée nous porte à juger solide.

Mais un jour, à l'occasion d'une poutre de maison qui tombe, cependant que le plafond crève, vous bombardant d'un supplément de coups d'ailleurs inutiles, le crâne montre ce qu'il est, un objet, et parmi les objets, un objet fragile.
C'est ce qui frappe sur le moment les témoins.
Vous, c'est pour plus tard et c'est autre chose.
En ce moment vous êtes coi.
Et dès qu'un homme est vraiment coi, il faut s'attendre que les autres le soient d'autant moins.
Ils s'occupent, se suroccupent de vous.
Comme on dit, « ils interviennent ».
Mais intervention ou non, le fracturé du crâne... bien, il saura plus tard.

Quand trois jours après, le crâne encoffré de bandages, il soulève incertain une paupière lasse, les médecins et les aides se congratulent.
Mais lui, il ne se congratule pas.
Il ne congratule personne.

Il y a un endroit en son corps où l'on vit de préférence.
Pas le même chez tous.
C'est naturel.
Mais il est naturel à beaucoup d'aimer se tenir dans leur tête.
Ils circulent, bien sûr, redescendent, vont d'organe à organe, de-ci, de-là, mais ils aiment retourner souvent dans leur tête.

C'est ce que le trépané essaie aussitôt de faire, mais une seconde après cet aussitôt, il sait, il sent, il est assuré que jamais il ne pourra remonter dans sa tête, du moins ce ne sera plus pour y habiter vraiment.

Il y a un endroit surtout dans sa tête où il voudrait aller, un endroit qu'il connaît bien, lui seul, d'où il voyait venir les autres et leurs petites affaires et d'où il savait les freiner quand il le fallait, tout doucement, sans qu'il en sortît trop d'ennuis, un endroit perdu maintenant dans ce grand vide qui bouge... et qui fait mal.

Une guerre vient.
Une guerre passe.
Avant de passer elle se dépense beaucoup.
Elle se dépense énormément.
Il est donc naturel qu'elle écrase par-ci par-là quelques crânes.
C'est ce que le trépané se dit.
Il ne veut pas de pitié.
Il voudrait seulement rentrer dans sa tête.

Que ce soit le jour, que ce soit la nuit, il est un trépané.
Quoique la lumière la plus atténuée de la lampe la plus douce lui fasse mal à présent (car tout est brutal qui entre par la tête quand quelque chose de vraiment brutal y est une première fois, entré), il la préfère peut-être au noir où l'on songe.
Mais ce n'est pas une vraie préférence.
Il ne cherche pas cela, il cherche, il cherche uniquement, il cherche sans cesse, il ne cherche qu'à remonter dans sa tête.

Sous le volcan (trad. de J.Darras)




"Non mais bon sang, regarde, il ne fait tout de même pas complètement noir !" bougonna affectueusement le Consul en guise de réponse, sembla-t-il, tout en exhibant une pipe à moitié bourrée qu'il alluma avec des difficultés considérables cependant qu'elle suivait le vain périple de ses yeux autour du bar à la rencontre de ceux du garçon de café, lequel, avec une dignité toute professionnelle, s'était éclipsé au second plan. "Tu fais erreur sur moi si tu crois que c'est l'obscurité totale que voient mes yeux et si tu t'entêtes à le croire, comment pourrai-je t'expliquer quoi que ce soit de ma conduite ? Mais si tu veux bien regarder le soleil là-bas, alors d'accord, peut-être sauras-tu la réponse, regarde un peu, tu as vu ce rayon qui tombe par la fenêtre : dis-moi s'il existe quelque chose d'aussi beau qu'une cantina dans le petit jour ? Tes volcans ? Tes étoiles Ras Algheti ? Antarès et sa folie sud-sud-est ? Excuse-moi, je dis non. Peut-être pas forcément la beauté de celle où nous sommes en ce moment et qui, effet de ma propre régression sans doute, n'est pas à proprement parler une cantina, mais pense un peu à toutes ces effrayantes cantinas où des gens deviennent fous d'attendre que s'ouvrent les volets car même les portes du ciel s'ouvrant toutes grandes pour m'accueillir ne me combleraient pas, vois-tu, de cette divine joie si tortueusement désespérée que me communique le bruit métallique du rideau de fer qu'on relève, le choc entre elles des jalousies qu'on décadenasse pour laisser entrer ceux dont l'âme est toute frémissante des verres qu'ils portent gauchement à leurs lèvres ! Car ici, derrière les battants de cette porte, se rencontrent tous les mystères, tous les espoirs, toutes les déceptions, mais oui, tous les désastres. Tiens, dis-moi un peu si tu vois cette vieille femme de Tarasco assise là-bas dans son coin, et que tu n'avais pas encore remarquée jusqu'à présent, la vois-tu maintenant " la questionna son regard autour d'eux l'éclat fasciné de l'amoureux, la questionna son amour, "car si tu veux espérer comprendre la beauté d'une vieille de Tarasco en train de jouer aux dominos à sept heures du matin, il faut boire comme moi."

4.19.2009

Outch! Monsanto nous aime...

Vous aimez les thrillers? Voici "Un monde selon Monsanto", de quoi vous fournir matière a angoisser...